Rupture anarchiste et trahison pro-féministe par Léo Thiers-Vidal

Écrits et échanges de Léo Thiers-Vidal.

Passages marquants :

 

Très rapidement des oppositions se sont en effet révélées : les hommes engagés ressortaient joyeux des ateliers non-mixtes masculins où ils avaient par exemple abordé les premières expériences sexuelles, les fantasmes, l'expression d'émotions, tandis que les féministes ressortaient graves d'ateliers où elles avaient abordé les violences sexuelles et leurs conséquences sur leur sexualité et leur intégrité. [non-mixité, p107]

 

Les hommes, s'ils veulent maintenir leur qualité de vie matérielle, psychologique, sexuelle et mentale, ont intérêt à se cacher à eux-mêmes le caractère oppressif de leur rapports avec les femmes. [réalisation, p110]

 

C'est aussi en refusant d'empatiser avec les femmes que les hommes engagés demeurent liés au groupe social des hommes en général. Seul un travail théorique, politique et personnel sur cet aspect de la subjectivité masculine permettra de briser le lien avec le groupe social des hommes et d'élaborer une conscience anti-masculiniste. [réalisation, p111]

 

J'entends par « masculinisme » l'idéologie politique gouvernante, structurant la société de telle façon que deux classes sociales sont produites : les hommes et le femmes. La classe sociale des hommes se fonde sur l'oppression des gemmes, source d'une qualité de vie améliorée. J'entends par « masculinité » un nombre de pratiques — produisant une façon d'être au monde et une vision du monde — structurées par le masculinisme, fondées sur et rendant possible l'oppression des femmes. J'entends par « hommes » les acteurs sociaux produits par le masculinisme, dont le trait commun est constitué par l'action oppressive envers les femmes. -- Michèle Le Dœuff [masculinisme, p126]

 

La pensée queer [...] ne me renvoie pas vers une position privilégiée mais incite par l'accent qu'elle met sur la performativité, la sexualité, le discursif, à se croire indépendant des structures sociales. Comme si je pouvais aller là ou bon me semblait, et que quasi toute transgression de l'ordre symbolique hétéro-normatif était politiquement pertinente. Comme si nous étions tou⋅te⋅s des atomes libres survolant genre, hétérosexualité et oppression des femmes par les hommes. Ça ne risque pas trop de faire comprendre aux hommes que c'est plutôt une restriction de notre pouvoir et marge de manœuvre qui serait nécessaire... [queer, genre]

 

Du côté des hommes, la prise de conscience de la position sociale oppressive aboutit souvent à revendiquer une autre masculinité. Il me semble pourtant que nous avons (à l'opposé des groupes sociaux opprimés pour lesquels la revendication identitaire reste une question de survie) à faire un chemin vers le refus d'identité genrée, donc l'abolition de l'identité masculine. Cette abolition ne peut d'ailleurs que passer par la mise en place d'autres rapports sociaux abolissant progressivement le genre et créant de nouveaux ingrédients relationnels humains. L'utopie du non-genre me semble d'ailleurs bien plus radicale que la création de nouvelles recettes « post identitaires », à l'aider d'ingrédients entièrement marqués et structurés par l'oppression des femmes par les hommes. [masculinisme, queer]

 

Si la pensée queer nous interpelle dans sa remise en cause de l'hétéronormativité, elle nous dérange dans la mesure où :  

  1. Elle déconnecte genre de sexe, mais néglige le fait que le genre est un système politique d'organisation des humains en oppresseurs et opprimées.   2. Elle traite la dimension discursive de l'hétéronormativité comme fondamentale, et non ses structures sociales hiérarchiques.   3. Elle sur-visibilise la dimension sexuelle au détriment d'autres dimensions comme la division genrée du travail, l'exploitation domestique, etc., ainsi que les autres axes d'oppression de race, de classe, de continent…   4. Elle manque fondamentalement d'utopie radicale et accentue avant tout les modes d'actions individuels au détriment de modes d'action collectifs en vue de l'abolition du genre.   -- Sabine Masson & Léo Thiers-Vidal [queer]