Refuser d'être un homme par John Stolenberg

Pour en finir avec la virilité

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Passages marquants :

Mise en situation historique et politique

 

Contrairement à ce que prétendent ses opposants, le féminisme radical n'a pas jeté la pierre à une classe biologiquement déterminée, « les hommes », mais à un système de valeurs : une éthique de l'injustice à laquelle on avait conditionné tout l'érotisme, aussi bien celui des femmes que des hommes.

 

Personne n'étant blanc avant d'arriver en Amérique, Il a fallu des générations, et énormément de coercition, avant que ce pays ne devienne blanc. L'Amerique est devenue blanche […] par nécessité de nier la présence des Noir⋅es et de justifier leur assujettissement.

 

[…] Le projet de différencier des « masculinités » est la plupart du temps une résistance à la critique féministe radicale du masculin en tant que tel. Car [l'exploration des masculinités] reste en deça du problème de base, faute d'une entière reconnaissance du mensonge sous-jacent au principe masculin — la domination politique structurelle sans laquelle le masculin n'a aucun sens social ou subjectif — le paradigme des « masculinités » ne sert, au plan théorique, qu'à induire en erreur une nouvelle génération de plus.

Texte qui à été repris de « Race Traitor », 1994, 36-37, et adapté pour parler du sexisme, plutôt que du racisme. Le propos de Stolenberg est ici de dire que beaucoup est à reprendre de ce qui à été fait pour la lutte des Noir⋅es.

 

Les règles du boy's club ne nécessitent pas que tous ses membres soient des adeptes de la domination masculine, mais simplement qu'iels se plient aux préjugés des autres. La nécessité de maintenir la solidarité de classe de sexe impose une conformité étouffante aux hommes sur tout question touchant de près ou de loin au sexe.   La façon d'abolir le principe masculin est de perturber cette conformité. Si suffisamment de gens qui paraissent masculins dérogent aux règles du masculin, leur existence ne peut être passée sous silence. S'il devient impossible pour les tenants des règles du masculin de parler au nom de tous ceux qui paraissent masculins, la classe masculine de sexe cessera d'exister. Combien faudra-il être ? Personne ne peut le dire à coup sur. C'est un peu comme le problème de l'argent : combien faut-il de fausses monnaies en circulation pour détruire la valeur de la monnaie officielle ? La réponse est bien moins que la majorité, juste assez pour miner la confiance du public dans la version officielle.

C'est le postulat même de ce bouquin dont il est question ici : si on refuse d'être un homme, alors on cesse de faire exister cette scission homme/femme, et pour pouvoir refuser cette classe homme, alors il faut sortir des rangs, perturber cette conformité.

L'éthique du violeur

 

Dans la logique tordue de l'éthique du violeur, c'est la victime qui est coupable au bout du compte; la victime est responsable, c'est elle qui a commis la faute. […] Les idées reçues liées à cette éthique prolifèrent : les femmes veulent être violées, les femmes méritent d'être violées, les femmes provoquent le viol […]. Le poids social de ces idées est tel que beaucoup de victimes de viol craignent de révéler à quiconque ce qui leur est arrivé, s'imaginant en être elles-mêmes la cause.

Il me semble que quelque part c'est un mécanisme de retournement de situation assez classique. Je me demande si ce n'est pas théorisé par le « Petit guide d'autodéfense intellectuel » ?